De la liberté dans les cheveux : sur le chemin de l'acceptation de sa propre beauté



Parvenir à vivre au mieux sa féminité, à embrasser son identité et son corps. Autant de challenge pour moi à  25 ans, française et métisse. Si j'écris ET métisse c'est parce que je m'aperçois aujourd'hui que ce métissage qui est simplement le signe d'un amour qui franchit les barrières n'a pas toujours été évident pour moi en terme d'identification et de construction de ma féminité.

Pré-ado et ado, ayant grandi dans un petit village où nous étions la seule famille métissée, je n'avais aucun modèle auquel m'identifier. De plus, les seules femmes noires ou métisses connues venaient des états-unis, n'avaient pas mon âge et étaient trop éloignées de ma personnalité et de ce à quoi je commençais à aspirer. Si je n'ai jamais été confrontée au racisme directement, je ne savais pas comment me mettre en valeur, je ne me trouvais pas belle, j'avais l'impression de ne pas correspondre aux canons de beauté. Je suis certaine que la majorité des adolescentes ont pu expérimenter cela, je ne dis pas que cela été plus difficile pour moi et pour les autres plus faciles, je dis simplement que je manquais de repères. La société ne m'offrait pas de modèle, ne reconnaissait pas les différentes beautés unies dans leurs différentes origines. Elle ne prenait pas ses responsabilités en quelques sortes en n'envoyant pas le bon message. 

Symbole de cette introversion : mes cheveux. J'ai les cheveux crépus et longtemps je les ai peignés en arrière et attachés strictement avec un chignon dur. Ils étaient si éloignés des standards de beauté. Les coiffeurs faisaient une drôle de tête à chaque fois, dans le salon je devais me les démêler moi-même afin qu'ils puissent me les couper et je ressortais toujours avec un côté plus long que l'autre. Lorsque je les lâchais (et je peux compter ces fois sur les doigts d'une main pendant mon adolescence et dans le début de ma vingtaine) je pouvais subir des moqueries dites à demi-mots ou bien des réactions du genre "ah c'est étrange, je peux toucher". Bien qu'innocentes, ces réactions valident aux yeux d'une adolescente sensible le fait qu'il y a quelque chose d'anormal, d'étrange. Mes cheveux ne rentrait pas dans les cases et mis à part ma famille, il n'y avait personne pour me dire que ce n'était pas grave. Aucune publicité, aucune actrice, aucun modèle. Ce n'est que très récemment que j'ai commencé à les lâcher. Je ne crois pas qu'il y ait vraiment eu de déclic, j'ai juste profité de la liberté qu'offrent Paris et sa diversité. J'ai aussi peu à peu vu des actrices métissées et noires (notamment la talentueuse Gugu Mbata Raw dont je m'inspire beaucoup des coiffures et du maquillage) approcher timidement le grand écran mais aussi des mannequins dans les différentes publicités. Et ça fait beaucoup de bien. 

J'apprends à me lâcher, à lâcher mes cheveux parce que j'accepte enfin qu'ils soient différents, qu'ils ne correspondent pas aux canons avec lesquels j'ai grandi. Et je suis fière de ces petits pas. Aussi, je souhaitais rédiger un petit manifeste à la beauté de la femme, toute plurielle qu'elle est. Je voudrais simplement dire à toutes les femmes qu'elles sont belles et que même si d'aucun diront que ce n'est pas l'essentiel, je crois que l'on peut dire que c'est important. Que l'acceptation de soi passe aussi par l'acceptation de son regard sur soi et de son reflet dans le miroir. A cette société qui le plus souvent ne nous aide pas je voudrais dire d'aller chercher la beauté partout dans les rues et d'apprendre à être de notre côté.

Et vous, comment vivez-vous ce rapport à la beauté ? 
Est-ce que cette histoire vous parle ?  

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